par Freddy
Koopmans
�
Table des mati�res
Introduction
C'est par
l�Ecriture que les chr�tiens ont appris que l�univers a eu un commencement [Gen.
1 : 1] et qu�il finira par se dissoudre [Matth. 24 : 35 ; 2 Pierre 3 : 10-11].
Cette information constitue pour eux un article de foi.
La science,
qui ne voulait pas de ce sch�ma-l�, a longtemps affirm� que l�univers est
�ternel. Ce faisant, elle se ralliait au postulat de la philosophie grecque sur
le sujet.
Mais au cours du XXe si�cle elle a d� progressivement d�poser les
armes devant la d�couverte de ph�nom�nes mesurables qui ne s�expliquent que par
l�hypoth�se du Big Bang, le point d�origine du temps, de l�espace et de
la mati�re.
Ce qui est moins connu des croyants, c�est un autre d�fi � leur foi, bien plus
subtil et dangereux que l�ath�isme pr�tendument scientifique. Il s�agit d�une
pens�e tr�s ancienne, que l�Eglise des premiers si�cles de l��re chr�tienne
avait d�j� eu � combattre.
Cette philosophie aux mille variantes a tent� � maintes reprises de parasiter la
foi re�ue de nos p�res.
Elle proclame que les �tres humains sont issus du sein m�me de la divinit�, et
qu�ils sont des incarnations de Dieu ici-bas. La pr�dication de ce mensonge
flatteur n�a h�las pas �pargn� l�Eglise adventiste francophone.
I
La cr�ation ex nihilo
L'une des
grandes professions de foi, commune � pratiquement tous les chr�tiens, qu�ils
soient catholiques, protestants ou adventistes, est bien celle qui proclame la
cr�ation ex nihilo. En g�n�ral, les adventistes
�vitent de recourir au latin, mais pour bien souligner qu�en l�occurrence leur
foi ne diff�re pas de celle des autres Eglises ils affirment officiellement :
La
parole a cr�� ex nihilo, sans d�pendre d�une mati�re pr�existante.
Ex nihilo signifie
� partir de rien, � partir du non-�tre, du vide absolu, du non-existant, du
n�ant. On peut pr�f�rer une traduction de l�expression latine plut�t qu�une
autre, mais le sens demeure le m�me.
Karl Barth
(1886-1968) a consacr� de nombreuses pages au th�me de la cr�ation. Voici,
condens�e en un paragraphe, l�expression de sa foi :
[�] le
monde est mais en tant que cr�ature. Il lui est permis d��tre � c�t� de
Dieu, par Dieu. La r�alit� que Dieu lui conf�re repose sur une creatio ex
nihilo, sur une cr�ation � partir du n�ant. Dieu fait surgir une r�alit�
diff�rente de lui l� o� il n�y a rien, aucune mati�re premi�re. S�il y a un
univers, si nous-m�mes nous existons par la seule op�ration de la gr�ce divine,
nous ne pouvons pas oublier un seul instant qu�� l�origine de notre existence et
de l�existence de l�univers, il y a non seulement une action mais une
cr�ation de Dieu. Tout ce qui existe en dehors de Dieu reste constamment
soustrait par lui au n�ant.
Vous avez
cr�� le ciel et la terre sans les tirer de votre substance : autrement il y
aurait eu quelque chose d��gal � votre Fils unique, et � vous par cons�quent.
[�] Or, en dehors de vous, il n�y avait rien dont vous eussiez pu les former, �
Trinit� une, Unit� trine. Voil� pourquoi vous avez fait de rien le ciel et la
terre (� de nihilo fecisti caelum et terram �) [�]
Le juda�sme
est en parfaite harmonie sur ce sujet avec le christianisme. Le rabbin de Dijon,
I.-M. Choucroun, d�clare, en utilisant l�expression latine :
La Bible
s�ouvre sur l�affirmation que Dieu, par Sa parole f�conde, tira le monde du
n�ant (ex nihilo).
Les
adventistes tirent toutes les cons�quences du texte de la Gen�se qui
affirme : � Tu es poussi�re et tu retourneras � la poussi�re. � [3 : 19.] Pour
eux, il n�y a aucun �l�ment de nature divine en l�homme; celui-ci, issu du
non-�tre comme le reste de la cr�ation, tombe en poussi�re � sa mort. Il n�y a
pas de survie d�une entit� pr�tendument immortelle. Dieu seul est immortel, et
seule une initiative de l�unique Eternel, au dernier jour, la r�surrection,
ram�nera les morts � la vie. C�est d�ailleurs la position d��minents th�ologiens
tels que Karl Barth, Oscar Culmann, Roland de Pury.
Paul
Ricoeur (1913-2005) a fait le bilan de la pens�e qui, de Saint Augustin �
Karl Barth, a cherch� � comprendre le mal � partir du concept de
cr�ation ex nihilo.
[C�est la]
distance ontique entre le cr�ateur et la cr�ature qui permet de parler
de la d�ficience du cr�� en tant que tel ; en vertu de cette d�ficience, il
devient compr�hensible que des cr�atures dot�es de libre choix puissent
� d�cliner � loin de Dieu et � incliner � vers ce qui a moins d��tre, vers le
n�ant.
C�est par l�attrait
du n�ant que l�on peut d�finir tous les nihilismes
auto-destructeurs
qui ont affect�
et affectent encore la soci�t� : vandalisme de casseurs, attentats-suicides,
alcoolisme, drogues, auto-flagellations, litt�rature et arts gangren�s par la
destruction du sens et des formes, cultures de la d�rision et de la d�r�liction,
morbidit�s suicidaires, violences familiales, guerres civiles fratricides,
cancers id�ologiques du IIIe Reich et de l�URSS, mao�sme et g�nocide
culturel de la Chine, Khmers rouges et g�nocide du tiers de leur propre peuple,
auto-immolation collective des membres de l�OTS, massacres entre chr�tiens
autrefois, massacres entre musulmans aujourd�hui, etc.
La Gen�se
[ch. 3] r�v�le la radicale toxicit� du n�ant. L��poustouflante tentation
s��vapore brutalement pour faire place au traumatisme insupportable de la nudit�
originaire, que le Dieu de la gr�ce couvre d�un v�tement acquis au prix du sang
vers�. Et pour rendre compte du serpent qui aura le temps d�inoculer son venin
mortel au talon qui lui �crasera la t�te, Paul Ricoeur ajoute :
[�]
le n�ant,
c�est ce que le Christ a vaincu en s�an�antissant lui-m�me dans la Croix.
II
Le
Big Bang : parall�le scientifique de la cr�ation ex nihilo ?
Contrairement
aux philosophies de l�Antiquit�, la pens�e jud�o-chr�tienne a affirm� depuis
longtemps que le temps n�est pas �ternel mais a commenc� par un instant z�ro.
Par exemple, dans un livre consacr� � la notion de temps, Saint Augustin,
un mill�naire et demi avant que ne soit formul�e la th�orie de la relativit�,
avait d�j� conclu :
Ce temps
m�me, c��tait vous qui l�aviez fait, et nul temps n�a pu courir avant que vous
eussiez fait le temps [�] avant le ciel et la terre il n�y avait pas de temps
(� ante caelum et terram nullum erat tempus �) [�]
Il n�est donc
probablement pas surprenant que ce soit un croyant, Georges Lema�tre
(1894-1966), pr�tre catholique et professeur d�astronomie � l�Universit� de
Louvain, qui, � partir de la th�orie de la relativit�, ait d�velopp� l�hypoth�se
du Big Bang. Selon lui, cette explosion initiale s�est produite alors
qu�il n�y avait ni temps, ni espace, ni mati�re pr�existante, et fut l��v�nement
� partir duquel allait se d�ployer l�univers tel que nous le connaissons et
contemplons.
Georges
Lema�tre traversa l�Atlantique pour rencontrer Albert Einstein. Celui-ci
re�ut poliment le professeur belge en soutane et se laissa m�me photographier �
ses c�t�s. Il se montra d�abord sceptique, mais plus tard il finit par se
rallier au concept, qui, en fait, cadrait parfaitement avec ses propres
hypoth�ses.
La plupart des
donn�es de l�observation (le d�calage spectral caus� par la fuite des galaxies;
le rayonnement �lectromagn�tique r�siduel du cosmos � 2.7� Kelvin) vont dans le
sens de la confirmation de l�apport de Georges Lema�tre � la connaissance.
Il y eut de
farouches r�sistances. Jusqu�� sa mort en 2001, le c�l�bre astrophy-sicien
Fred Hoyle tenta, contre les �vidences, de prouver que l�univers est
�ternel, sans commencement ni fin. C�est lui qui, d�un ton m�prisant, donna �
l�explosion initiale le nom de Big Bang (en fran�ais : Gros Boum),
pour se moquer du concept. Ce fut, h�las, sa seule contribution � cette
formidable avanc�e de la science. La th�orie, bien que g�n�ralement accept�e, a
donc encore toujours ses d�tracteurs.
Le prix Nobel
de physique 2006 vient de r�compenser John Mather et George Smoot pour leurs
travaux qui ont renforc� le sc�nario du Big Bang. A l�aide d�un satellite
mis � leur disposition, ils ont fait des recherches sur le bruit de fond
cosmique, trace lointaine du premier instant de l�univers.
Georges
Lema�tre �tait natif de Charleroi. Or, � 28 kilom�tres au nord de cette grande
ville, un autre Wallon, �galement pr�nomm� Georges, vit le jour en 1923; il
allait radicalement prendre le contre-pied de son illustre compatriote.
Son p�re, Hyacinthe St�veny, �tait devenu adventiste peu apr�s la
Premi�re Guerre Mondiale.
En 1946,
Alfred Vaucher (1887-1993), professeur au S�minaire adventiste de
Collonges-sous-Sal�ve, tomba malade et dut partir en convalescence au soleil
d�Espagne. Avant de s�en aller, il proposa que Georges St�veny
(1923-2004), le plus brillant de ses �tudiants, le remplace dans certains de ses
cours. C�est ainsi que d�buta une remarquable carri�re de professeur de Bible,
de pasteur et d��crivain.
Or, Georges St�veny d�veloppa et enseigna une th�ologie qui �cartait la notion
de cr�ation ex nihilo. Voici ce qu�il d�clare :
La r�alit�
ne peut �tre tir�e du n�ant. Il y a une contradiction d�ordre m�taphysique dans
l�affirmation d�un n�ant absolu � c�t� d�un Dieu absolu. On n�est pas plus
autoris� � affirmer le n�ant qu�� crier de l�int�rieur � celui qui frappe � la
porte : � Il n�y a personne ! �
A la place de
la cr�ation ex nihilo, Georges St�veny proposa une conception de la
cr�ation de l�homme par gestation en Dieu lui-m�me. Ecoutons-le donc :
L�ap�tre
Paul affirme que c�est de Dieu que sont toutes choses. (Romains 11 : 36.) Ex
autou, hors de lui ! Et ailleurs : � Car en lui (Christ) ont �t� cr��es
toutes les choses qui sont dans les cieux et sur la terre, les visibles et les
invisibles. � (Colossiens 1 : 16.) Nous avons coutume de consid�rer le Christ
comme l�agent de la cr�ation. Cette id�e est exprim�e par la pr�position dia,
par, gr�ce �. Mais une autre id�e, plus complexe assur�ment, et sans doute aussi
plus belle et plus profonde, me para�t contenue dans la pr�position � en �,
dans. Une table est fabriqu�e par le menuisier, mais un enfant est con�u
dans sa m�re. Quelle diff�rence ! Tout le myst�re est l�. L�enfant est
distinct de sa m�re, et pourtant form� en elle. La m�re demeure int�gralement
elle-m�me, bien qu�ayant donn� naissance � un autre �tre semblable � elle.
Inexplicable mais quotidienne v�rit�. Seule image assez riche pour ne point trop
d�figurer la merveilleuse notion biblique de cr�ation. Toutes les autres restent
en de�� de la v�rit� essentielle.
IV
Critique ex�g�tique
Dans son
Commentaire de l�Ep�tre aux Colossiens, Norbert Huged� (1932-2003)
fait la remarque suivante � propos d�un des versets-cl�s utilis�s par Georges
St�veny (Col. 1 : 16) :
A la
formule : � parce que tous les �tres ont �t� cr��s en lui �, comme �
celle qui la d�veloppe plus loin en 16c : � tout a �t� cr�� en fonction de lui
et pour lui �, nous avons trouv� tr�s nettement une origine biblique. De m�me
que c�est apparem-ment en fonction d�Adam, et pour lui, que le monde a �t� cr��,
c�est en fonction du Christ, second Adam, l�antitype, et pour lui, que la
seconde cr�ation a �t� faite. Ce rapprochement avec le livre de la Gen�se nous
garde de voir au d�part de ces expressions l��cho de pr�occupations
hell�nistiques [�]
Ainsi,
Norbert Huged� avait choisi d��couter la voix venant de J�rusalem plut�t que
celle venant d�Alexandrie. Courageux acte de foi, que d�autres h�sitent parfois
� oser et � poser.
Il arrive
fr�quemment, en effet, que les termes employ�s par le Nouveau Testament [�]
recouvrent [�] ceux des religions hell�nistiques de la m�me p�riode. L��tudiant
qui aborde pour la premi�re fois les textes du Nouveau Testament est
g�n�ralement choqu� de constater que le Nouveau Testament n�a pas le monopole de
certains termes qui sont pourtant fondamentaux.
Enrique
Treiyer (�1950) ne craint pas de contredire certains ex�g�tes qui se
laissent s�duire par les sir�nes de la religiosit� hell�nistique :
Contrairement � l�avis de certains commentateurs, la terminologie spatiale de
Colossiens ne r�sulte pas d�une hell�nisation de la th�ologie. Il est vrai que
nous d�couvrons ici et l� une assise commune � certains concepts de
l�hell�nisme, concepts bien pr�sents dans le juda�sme h�t�rodoxe. Mais l�auteur
de Colossiens ne s�engage pas dans ces voies.
En consultant les dictionnaires et lexiques grecs
� la pr�position ��n�, on trouve, parmi d�autres, les sens suivants :
en, dans, parmi, au milieu de, pr�s de. Il faut se garder de fonder ou de
rejeter une doctrine � partir de l�un de ces sens possibles. C�est l�ensemble du
message biblique qui est d�terminant.
En tout cas,
cette petite pr�position ��n� ne doit pas �tre prise dans un sens qui
implique la fusion du divin et de l�humain ch�re � la mythologie grecque. Par
exemple, l�expression � Christ en vous � [Col. 1 : 27] doit �tre comprise
comme signifiant � Christ parmi vous �, c�est-�-dire � l�oeuvre dans l�Eglise
par son Esprit.
� Christ en moi � [Gal. 2 : 20] signifie ma soumission en tant que
chr�tien � la pens�e de Christ, soumission qui n�est, h�las, jamais sans faille.
Tous ces
versets trouvent leur cl� dans l�affirmation que voici : � Demeurez en
moi [= en communion avec moi], et je demeurerai en vous [= parmi
vous]. � [Jean 15 : 4.] J�sus pr�cise sa pens�e trois versets plus loin, en
recourant au m�me h�bra�sme : � Si vous demeurez en moi, et
que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voudrez, et cela
vous sera accord�. � [v. 7.] Manifestement, � que nous demeurions en J�sus � et
� que les paroles de J�sus demeurent en nous � sont deux mani�res
compl�mentaires d�exprimer la m�me r�alit�.
Revenons
bri�vement � Col. 1 : 16. � En lui ont �t� cr��es toutes choses. �
Puisque �pr�s de� est l�un des sens possibles de ��n�, pourquoi ne pas
traduire tout simplement : � Pr�s de lui [c�est-�-dire sous sa garde,
sous sa protection] ont �t� cr��es toutes choses. � Cette id�e de seigneurie
protectrice de Dieu, la providence, a l�avantage d��tre attest�e
abondamment dans l�Ecriture, en particulier dans les Psaumes [Ps. 36 : 8; Ps.
37 : 39; Ps. 62 : 8; Ps. 63 : 8; etc.]. Elle confirme et amplifie l�inter-pr�tation
de Norbert Huged�.
Quant � la
m�taphore de la femme enceinte - utilis�e par Georges St�veny pour rendre compte
du d�veloppement de l�univers dans le sein m�me de J�sus - elle se trouve sous
diverses formes dans les mythologies. Il en existe une survivance dans
l�expression : � Il se croit sorti de la cuisse de Jupiter � (pour souligner
l�extr�me vanit� de quelqu�un).
V
La
participation de l�homme au divin :
projet de th�se
Dans la
biographie de leur p�re, les fils et la fille de Georges St�veny font �tat de la
mise en chantier d�une vaste recherche qui aurait d� aboutir au magnum opus
de l�auteur.
Il
travaille en parall�le � une th�se de doctorat. En effet, l�universit� de
Lausanne accepte son projet de th�se de doctorat en th�ologie sur � la
participation de l�homme au divin � sous la direction de Pierre Bonnard,
sp�cialiste du Nouveau Testament. Georges ne pourra malheureusement pas mener ce
projet � terme, � son grand regret. Car en 1970, il est appel� � la direction du
S�minaire, t�che qui ne lui laissera pas le loisir de poursuivre ses recherches
dans les biblioth�ques universitaires.
Georges
St�veny parlait volontiers de son projet, qui �tait donc de notori�t� publique
d�s le d�but des ann�es 60. Environ dix ans s��coul�rent entre sa premi�re
entrevue avec le professeur Pierre Bonnard
et sa
nomination � la pr�sidence du S�minaire adventiste de Collonges-sous-Sal�ve.
L�argument par le brusque surcro�t d�activit�s pour expliquer l�abandon du
projet de th�se est donc peu cr�dible.
De plus,
Georges St�veny �tait renomm� pour son �norme capacit� de travail. D�autres
pasteurs et professeurs adventistes ont � sans �tre d�charg�s de leur mission �
obtenu un doctorat. On pense, par exemple, � Pierre Lanar�s, qui mena � bien ses
recherches tout en assumant la responsabilit� de la direction du s�minaire.
On ne peut
s�emp�cher de conclure que la cause de cet abandon de projet de th�se est
autre.
Dans les
archives de Georges St�veny � qui ont d� �tre pr�cieusement conserv�es � il doit
y avoir un dossier concernant ce projet de th�se. Georges St�veny y a d�ailleurs
ult�rieurement puis� des pages qu�il a introduites dans ses livres. Par exemple,
le fac-simil� d�un manuscrit en langue grecque d�couvert en Egypte, et dont
l�original se trouve � la Biblioth�que Bodmer de Gen�ve.
Ce dossier
doit �galement contenir l��change �pistolaire entre Georges St�veny, pasteur �
Bruxelles jusqu�en 1967, et son directeur de th�se � Lausanne.
On imagine sans peine la r�action �tonn�e du protestant Pierre Bonnard � la
lecture de certaines pages que Georges St�veny n�a pas manqu� de lui soumettre.
Et on voit
mal Georges St�veny accepter d�infl�chir sa pens�e dans le domaine de la
participation de l�homme au divin.
Ceci
expliquerait son abandon du projet bien mieux qu�une surcharge de travail �
partir de 1970.
Il serait �videmment fort int�ressant de lire la lettre de Pierre Bonnard qui
aurait pu amener Georges St�veny � la d�cision d��crire plus tard, sans
contrainte, en toute libert�. Le double d�un tel courrier se trouve probablement
dans les archives de la Facult� de th�ologie de l�Universit� de Lausanne.
Il est
�tonnant que Georges St�veny ait tent� de ressusciter une doctrine combattue
victorieusement dans leurs �crits contre les h�r�sies de leur temps par
plusieurs p�res de l�Eglise des IIe et IIIe si�cles, tels
Tertullien, Ir�n�e, Justin et Hippolyte.
VI
Georges St�veny et Alfred Vaucher
Georges
St�veny affirme donc que la vie des hommes vient de l�Etre de Dieu. Il raisonne
� partir de l�affirmation que voici, qui ne se trouve d�ailleurs pas dans la
Bible.
La vie ne
peut venir que de la vie.
Pour le
croyant, ceci pourrait � la rigueur signifier qu�une intelligence sup�rieure a
tir� les �tres vivants du non-�tre. Mais le principe trouve sa limite dans la
constatation que la vie de Dieu ne vient pas d�une autre vie. Pour sa
part, le savant ath�e, qui con�oit que les formes de vie d�aujourd�hui d�rivent
de formes de vie ant�rieures, attest�es par les fossiles, applique
rigoureusement le m�me principe philosophique. Mais il bute sur la question de
la premi�re cellule vivante, qu�il pr�tend �tre issue spontan�ment de la mati�re
inerte. Aussi bien le croyant que le savant ath�e sont ainsi oblig�s de d�roger
au principe, qui n�est donc qu�un axiome inop�rant, inutile et incertain.
Tr�s
curieusement, Georges St�veny se d�fend par anticipation d�avoir enseign� une
forme de panth�isme. Il a ainsi recours � une redoutable figure de pol�mique, la
prolepse. Georges St�veny ayant repouss� l�accusation avant m�me que
quelqu�un ne la formule, qui oserait y revenir ?
J�entends
d�j� protester au nom du panth�isme que la Bible tout enti�re r�voque. Ne nous
pressons pas. Le rapport dont je parle est diff�rent et d�ment affirm� par les
d�clarations les plus solennelles de l�Evangile. Quand Paul �crit : � Ce n�est
plus moi qui vis, mais c�est le Christ qui vit en moi � (Galates 2 : 20), est-ce
du panth�isme ? Ou quand il �crit aux Eph�siens que nous devons �tre � remplis
jusqu�� toute la pl�nitude de Dieu � (3 : 19), est-ce du panth�isme ? Certes
non. C�est l�adorable � myst�re dans lequel sont cach�s tous les tr�sors de la
sagesse et de la science �. (Colossiens 2 : 3.)
Pla�ons Gal.
2 : 20 dans son contexte : � Ce n'est plus moi qui vis, mais c'est le
Christ qui vit en moi, et si je vis maintenant dans la chair, je vis dans
la foi au Fils de Dieu �. Ou encore, quand Paul �crit aux
Eph�siens que nous devons �tre � remplis jusqu�� toute la pl�nitude de Dieu � (Eph.
3 : 19), pourquoi ne pas citer �galement le verset 17 : � que le Christ habite
dans vos c�urs par la foi � ? Et enfin, r�tablissons la troisi�me
citation dans son int�gralit� : C�est l�adorable � myst�re dans lequel sont
cach�s tous les tr�sors de la sagesse et de la science � (Col. 2 : 3). Le verset
pr�c�dent avait pr�cis� : � myst�re de Dieu, qui est le Christ. �
CONCLUSION : la r�alit� de la pl�nitude de Dieu est en Christ, et nous sommes
convi�s � avoir foi en cette r�alit�-l�.
En fait, la
pens�e de Georges St�veny n�a g�n�ralement pas les caract�ristiques du
panth�isme, mais plut�t celles du gnosticisme. En effet, il
affirme et r�p�te que, de par son origine en la personne du Christ, seul
l��tre humain poss�de un �l�ment divin quelque part en sa personne - et non
pas l�ensemble de la cr�ation comme chez les panth�istes.
La
noblesse de l�homme est d�avoir �t� cr�� participant de la nature divine.
En fait
Dieu a cr�� un cr�ateur. Tel est le sens cach� du r�cit de la Gen�se (1.26) :
� Dieu dit : faisons l�homme � notre image, selon notre ressemblance. � [�]
L�image est plus qu�une simple repr�sentation du mod�le. Elle contient comme une
projection de son essence. Elle est comme le fils par rapport � son p�re.
� Adam, fils de Dieu. � (Luc 3.38.) Elle en porte la puissance.
Et pourtant, dans la citation qui vient, Georges St�veny flirte manifestement
avec ce qu�il d�sapprouve :
Le Christ de Dieu se donne dans
la cr�ation. Il est la vie de tout ce qui vit, l��tre de tous les �tres. Il est
la substance cach�e des choses, si diff�rente des apparences, profond�ment
pr�sente au c�ur de tout ce qui vit [�]
D�s que l�on affirme que non seulement l�homme mais encore tous les �tres
vivants - donc les animaux et les plantes - ainsi que les choses inertes
contiennent une � substance cach�e � qui est le Christ lui-m�me on est dans la
logique du panth�isme.
Ceci illustre que l�on tombe facilement du gnosticisme dans le pi�ge du
panth�isme. Les deux doctrines sont s�urs jumelles.
VIII
Le p�ch� et la
chute dans la pens�e de Georges St�veny
Pourtant,
cette � substance cach�e � mise en l�homme par Dieu a �t�
gravement affect�e par la chute et le p�ch�. Ceci pose le probl�me de savoir
comment la substance divine, en principe �ternelle, inalt�rable et � sans ombre
de variation � [Jacq. 1 : 17], ait pu subir une telle d�t�rioration. Cette perte
d��tre, Georges St�veny l�appellera dans un autre texte � la fragilit� de
Dieu �.
Mais commen�ons par la fragilit� de l�homme :
Le p�ch�
qui a produit la chute originelle ne peut pas �tre compris uniquement sur le
plan moral. Oserai-je dire qu�il est ontologique ? Je sugg�re de
comprendre qu�il modifie la nature m�me de l��tre humain. Comment cela ?
Question difficile ! Disons-le tr�s simplement. Sorti des mains du cr�ateur,
l�homme, avant la chute, n��tait pas r�ellement s�par� de Dieu. Un lien
invisible, mais authentique et vital, le reliait au Seigneur. L�esprit humain
restait naturellement en contact avec l�Esprit divin. Comme un f�tus est reli� �
sa m�re par le cordon ombilical ! Ou, si l�on pr�f�re, comme un trolleybus est
en relation avec la source d��lectricit�, gr�ce � son trolley. On sait ce qu�il
advient quand le contact est rompu. Or, � la chute, une rupture de ce genre
s�est produite. Expuls�s du jardin, Adam et Eve ont cess� d�entretenir avec Dieu
une communion spontan�e. Leur nature intime a �t� affect�e par le p�ch�. Et le
privil�ge dont ils jouissaient en vertu de leur innocence ne pouvait plus �tre
transmis � leur descendance. D�sormais, la vie transmise est hypoth�qu�e : elle
s��coule vers la mort. Tout nouveau-n� est un condamn� � mort en sursis. L�homme
acc�de � l�existence, s�par� de Dieu, sans lequel il ne peut vivre. Pour
r�tablir la communion, il doit passer par la conversion. Conversion qui implique
une nouvelle naissance. Le p�ch� affecte sa nature : c�est une maladie mortelle.
La conversion r�tablit sa nature initiale : c�est la gu�rison �ternelle.
Ni la
comparaison avec le cordon ombilical ni celle avec le trolley d�un trolleybus
n�ont leurs �quivalents dans la Bible, qui pourtant offre de nombreuses
m�taphores et paraboles pour faire comprendre la situation d�sesp�r�e du
p�cheur.
La
brebis �gar�e, toute fourvoy�e qu�elle est, n�a pas chang� de nature ; elle
est toujours autant brebis que ses quatre-vingt-dix-neuf soeurs
fid�lement rest�es dans la bergerie ; elle ne s�est pas m�tamorphos�e en une
nouvelle esp�ce d�animal. Le m�tal de la drachme perdue est toujours le
m�me que celui des neuf pi�ces que la m�nag�re a pr�cieusement rang�es, et elle
n�a rien perdu de sa valeur nominale : elle vaut toujours une drachme. Le
fils prodigue, �gar� au milieu des pourceaux, est demeur� un �tre humain �
part enti�re ; il n�est pas devenu une sorte de monstre mi-homme, mi-cochon. Et
Karl Barth de conclure :
[�] m�me
en �tant [�] un esclave notoire du p�ch�, l�homme ne cesse pas pour autant
d��tre une bonne cr�ature de Dieu.
Ceci
constitue un des arguments majeurs contre la torture et la peine de mort. Le
pire des criminels doit encore �tre respect� comme une bonne cr�ature de Dieu.
IX
Le croyant est-il incarnation de
Dieu ?
Georges St�veny esquisse le processus de r�habilitation de l�homme en ces
termes :
En nous
unissant au Christ par la foi-adh�rence, nous retrouvons aussi, d�une mani�re
surnaturelle, le lien avec Dieu. Le cordon ombilical est reconstitu�.
D�un
livre � l�autre, on retrouve donc cette m�taphore obs�dante du cordon
ombilical. Comme l�ap�tre Paul affirme que nous sommes enfants de Dieu par
adoption [Rom. 8 : 15 ; Eph. 1 : 5 ; Gal. 4 : 5 ; etc.], et non
par engendrement, la notion de cordon ombilical est inadapt�e au propos.
Mais poursuivons notre lecture.
Quand
l�humanit� est lib�r�e de toute contrainte et de toute limite, elle s�ouvre
pleinement � la divinit�.
En
devenant pleinement homme, pleinement enfant de Dieu dans la libert� reconquise,
on acquiert pleinement la participation � la nature divine.
Mais il
nous revient la possibilit� de tendre avec enthousiasme vers cette ultime
r�alisation. L�homme est appel� � devenir incarnation de Dieu.
Oui, ch�re lectrice, cher
lecteur, vous avez bien lu : � incarnation de Dieu �.
Nous
invitons le lecteur � �tre particuli�rement attentif � la d�claration qui suit.
En cr�ant,
Dieu pousse les �tres au long d�une courbe immense dont le d�ploiement
circulaire peut tout ramener � lui. Un jour, bient�t, � la parousie du Seigneur,
lorsque toutes choses auront �t� soumises � Dieu, Dieu sera tout en tous (1
Corinthiens 15 : 28). Ce sera la consommation de tous les �tres en Dieu. Alors,
la fragilit� de Dieu dispara�tra.
Cette vaste
� courbe � sur laquelle Dieu � pousse � (sic) les �tres humains issus de lui,
pour finalement les � ramener � au point de d�part et les recueillir en
lui-m�me, est caract�ristique de la pens�e gnostique telle que l�h�r�siarque
Valentin (� v. 160) l�enseignait d�j�
dans les �glises d�Alexandrie et de Rome. Ce voyage d�ampleur cosmique est
magistralement r�sum� par le professeur Hans Lietzmann (1875-1942),
sp�cialiste de l�histoire de l�Eglise et de la gnose.
Le drame
qui, selon Valentin, se joue dans le pleroma nous r�v�le tr�s clairement
le sens de la Divine Com�die de la r�demption. C�est le d�ploiement par
lequel la divinit� prend conscience d�elle-m�me. Toute g�n�ration r�sulte [n�cessai-rement]
de la nature divine elle-m�me et m�ne de l�unit� � la multiplicit�, � la
diff�rentiation et � la diversit� sans cesse croissantes, [donc] � la
d�gradation continuelle de la d�it�. Mais, [tout aussi n�cessairement], le divin
qui a trouv� dans l�homme une de ses formes retourne � sa source premi�re,
att�nue graduellement les diff�rences et se dissout finalement dans le grand
Tout, dans la pl�nitude de la divinit� qui n�est plus ni individuelle ni
personnelle, mais qui est au-dessus de toute forme et de toute d�termination.
Par quel
raisonnement Georges St�veny en est-il venu � affirmer la � fragilit� de Dieu �,
comme Valentin et d�autres gnostiques ? C�est tout simple : � force d�utiliser
sa substance pour l�injecter dans les �tres qu�il cr�e, Dieu a fini par entamer
son capital vital au point de se trouver bien affaibli. Les gnostiques nous
invitent � le prendre en piti� et � nous pr�cipiter � son secours. Ce n�est pas
Dieu qui sauve les hommes, mais au contraire les hommes qui doivent assurer le
salut de Dieu en unissant la somme de leurs parcelles divines � son �tre
�grotant. Alors, comme le dit Georges St�veny, � la fragilit� de Dieu
dispara�tra�. Car�
L�homme a
un immense pouvoir sur Dieu. En cela r�side le caract�re sacr� de sa destin�e.
Il engage le destin de Dieu.
Le mot
� Dieu � pourrait n��tre qu�un mot vide. Ce qui lui donne un sens, c�est la
clart� de notre vision, le contenu de notre adoration, la qualit� de notre
ob�issance, le s�rieux de notre r�flexion.
On finit par
se demander qui cr�e qui.
Est-il d�s
lors �tonnant que notre auteur ait combattu la doctrine de la substitution
?
Dans la
perspective gnostique celle-ci n�a aucun sens. Comment un Dieu �puis� par son
�uvre cr�atrice pourrait-il se substituer � des hommes
collectivement bien plus puissants que lui ?
Des �tres qui
sont certains de poss�der un �l�ment divin en eux-m�mes pourraient-ils accepter
qu�un autre �tre divin � fragile de surcro�t - se substitue �
eux pour leur assurer le salut ?
Mais alors,
dans cette perspective, quel est le r�le de J�sus ? et l�utilit� de son
sacrifice � la croix ?
Selon W.
A. Visser �t Hooft, le tout premier secr�taire g�n�ral du Conseil �cum�nique
des Eglises, J�sus est r�duit, dans la pens�e gnostique, � la fonction d�
agent
lib�rateur de l��tincelle divine qui est en l�homme.
Pour le gnostique, J�sus
ne jouerait donc qu�un r�le d�allumeur de r�verb�res.
D�s lors,
comment faut-il comprendre que Dieu, malgr� son extr�me d�gradation, soit
paradoxalement appel� le Tout-Puissant dans l�Ecriture ? Georges St�veny
a vu le probl�me et l�a r�solu de la mani�re suivante :
Tout est
possible � Dieu en ce sens qu�on ne sait jamais jusqu�o� peut aller l�action de
l�Esprit quand elle trouve un organe appropri�. C�est encore plus vrai,
�videmment, dans l�Apocalypse. Le Pantocrat�r [Tout-Puissant en
grec] peut promettre, car il poss�de la vertu de r�aliser ses promesses avec
� le reste � qui l�accueille. L�actualisation de la toute-puissance est projet�e
dans l�avenir.
� Organe
appropri� � est de toute �vidence synonyme de � cordon ombilical �.
Le Saint-Esprit ne peut donc intervenir, d�apr�s Georges St�veny, qu�en passant
par des �tres humains reli�s ontologiquement � Dieu. La souveraine
libert� d�action de Dieu ne serait en fait que chim�re.
Le � reste
qui l�accueille � est une collectivit� eccl�siale eschatologique de saints
dont Dieu attend patiemment la constitution pour enfin pouvoir accomplir son
�uvre dans l�histoire. L�Eglise ne d�pendrait pas de la toute-puissance de
Dieu, mais Dieu serait soumis au souverain bon vouloir de l�Eglise.
Dieu est apparemment loin d�avoir atteint la toute-puissance ; celle-ci � est
projet�e � dans un avenir hypoth�tique, lorsque Dieu sera uni � ses
cr�atures par � un organe appropri� �.
Et voici, selon Georges St�veny, comment
fonctionne un chr�tien qui a fusionn� avec Dieu :
Pour
imiter un grand artiste, il faut poss�der son g�nie. De m�me, pour ressembler au
Christ, il faut �tre habit� par lui. Ce n�est pas sans raison que l�on a insist�
sur une mystique de l��tre-en-Christ et de l�union avec Christ. Tel est le
secret !
Car il est impossible de
distinguer entre le Christ et notre conscience. La voix myst�rieuse qui se fait
entendre dans notre for int�rieur se confond avec la voix du Christ. � La
conscience [�] est le t�moin de Dieu dans l�homme, le juge divin et sans appel,
le ministre r�sidant, l��il et la lumi�re du corps (Luc 11 : 34-36), la boussole
du navire. � La voix du Christ en nous !
Le
mysticisme et le gnosticisme font �videmment bon m�nage. Le � cordon
ombilical �, cet � organe appropri� �, permettrait donc une radicale identit� de
la pens�e de l�homme et de la pens�e de Dieu !
Mais �vitons
de trop en dire � propos de cette ahurissante revendication. Il n�est cependant
pas difficile d�entrevoir qu�elle risque de se r�v�ler redoutable pour
l�entourage. Surtout pour ceux qui oseraient exprimer des points de vue
diff�rents de celui qui se croit le d�positaire des id�es de J�sus-Christ.
X
Un cuisant aveu en guise de
conclusion
Dans
l�ultime ouvrage publi� de son vivant, dans un moment de grande lucidit�,
Georges St�veny, apr�s avoir bri�vement r�affirm� son perfectionnisme, doit
reconna�tre que celui-ci n�a abouti � rien.
Le
privil�ge du chr�tien [�] consiste dans une transformation qui permet au
caract�re du Christ de se manifester dans notre comportement au sein de la
soci�t�.
Un cuisant
aveu nous oblige � convenir que cela ne se reconna�t pas dans les faits. [�]
Dans la situation inextricable o� se trouve le monde, les chr�tiens seraient
bien avis�s de se demander s�ils contribuent � la maladie du monde ou � sa
gu�rison.
Cuisant aveu,
en effet, venant apr�s un tel r�ve !
Nous supposons
que Georges St�veny s�estimait et se jugeait tout aussi coupable que les autres
chr�tiens de la situation qu�il �voque.
Car toute
notre justice - et non pas notre injustice - est comme un
v�tement souill�.
Souhaitons que
la r�cente admission de l�Eglise adventiste au sein de la F�d�ra-tion
protestante de France ait pour effet l�adoption sinc�re, au fond de nos c�urs,
de ces quelques mots : A la fois justes et p�cheurs ! C�est la
seule conception de l�homme qui soit compatible avec la doctrine de la
cr�ation ex nihilo.
POSTFACE
Le pr�sent
texte est une refonte d�une premi�re �dition. Elle fut envoy�e, sous un autre
titre, � une cinquantaine de destinataires de neuf pays diff�rents. La moiti�
d�entre eux nous ont fait parvenir leurs commentaires, leurs suggestions, leurs
critiques.
Qu�ils soient ici chaleureusement remerci�s ! Il a �t� tenu compte de la plupart
de ces apports, au demeurant fort avis�s. Un correspondant a propos� un
changement de titre, pour des raisons fort convaincantes. Un autre nous a
sugg�r� d�ajouter, par souci de clart�, une br�ve introduction permettant de
bien situer le propos. D�autres ont fourni des renseignements dont la teneur
�tait confidentielle jusqu�ici.
Certains ont demand� s�il y a des groupements religieux qui enseignent, comme
Georges St�veny, que l��tre humain est issu de l�Etre de Dieu, et non pas du
n�ant. Oui, bien s�r, et c�est l�une des raisons qui leur interdit l�admission
dans la F�d�ration protestante de France, et m�me dans le Conseil �cum�nique des
Eglises. Il s�agit notamment des Mormons. Notre entr�e dans la F�d�ration
protestante de France est donc implicitement subordonn�e � notre rejet de toute
th�ologie gnostique.
Un pasteur retrait� nous a demand� pourquoi nous ne laissions pas Georges
St�veny respectueusement en paix dans le silence de la tombe. Le probl�me, c�est
que sa th�ologie est non seulement pr�n�e du haut de certaines chaires, mais, de
plus, exerce une censure de fait sur la doctrine de la substitution, qui
n�ose plus s�exprimer en fran�ais qu�avec une pudeur extr�me. Et que dire du
fait que Georges St�veny est publi� et diffus� par Vie & Sant�, la maison
d��dition adventiste officielle de langue fran�aise ? La publication posthume
d�un livre inachev� est d�ailleurs envisag�e.
Quelques lecteurs, troubl�s par ce que nous venions de leur r�v�ler, nous ont
demand� si nous avions vraiment la certitude que Georges St�veny avait maintenu
jusqu�au bout son rejet de la cr�ation ex nihilo et son affirmation que
l�homme a �t� cr�� au sein m�me du Logos de Dieu. Nous serions des plus heureux
d�apprendre que Georges St�veny ait regrett� cette double erreur, souvent
r�p�t�e, et l�ait corrig�e. Si un manuscrit, une lettre par exemple, r�v�lait
une telle volte-face sans la moindre ambigu�t�, il faudrait le publier au plus
vite pour contrer l�influence des �crits existants.
On nous a demand� si l�all�gorie champ�tre du cep et des sarments [Jean
15 : 1-8] ne confirmerait pas la r�alit� du cordon ombilical cens� nous
relier ontologiquement � J�sus. Cette p�ricope fait partie des
instructions que J�sus a donn�es � ses disciples pendant le repas pascal,
quelques heures avant son arrestation. Georges St�veny occulte ce texte, et pour
cause : la s�ve qui va du cep aux sarments repr�sente, selon Jean 15 : 7, les
paroles de J�sus, dont les onze disciples furent convi�s � se nourrir
pour porter des fruits.
Se couper de la source de la foi, aurait signifi� pour eux la mort spirituelle.
R�f�rence � peine voil�e � Judas, qui venait de quitter la salle pour aller
livrer le Seigneur.
Ce qui est vis�, c�est le risque de ne pas pers�v�rer dans
la foi [�]
Quels sont ces fruits que les ap�tres furent invit�s � produire en se
nourrissant des paroles de J�sus ? On pense bien s�r � la pr�dication de
l�Evangile, � la fondation des premi�res Eglises, et enfin � la
r�daction du Nouveau Testament, qui nous permet, � notre tour, de nous
nourrir de l�enseignement de J�sus. Jean 15 : 1-8 ne concerne donc en aucune
mani�re la pr�tendue cr�ation de l�homme dans le sein de J�sus, ni
l�hypoth�tique suture du � cordon ombilical � tranch� par la chute et le p�ch�.
Georges St�veny utilise parfois les mots cep et sarments, de
mani�re allusive, hors contexte, sans donner la r�f�rence de Jean 15.
Un admirateur de Georges St�veny nous a reproch� de nous draper orgueilleusement
dans la houppelande de l�orthodoxie. Il nous a demand� si nous avions
vraiment la pr�tention d�avoir compris la doctrine de la cr�ation ex
nihilo dont nous parlions. Evidemment, nous lui r�pondons que
NON ! Qu�il soit donc rassur� : c�est par la foi
que nous accueillons le t�moignage de l�Ecriture, que ce soit � propos de la
trinit�, de l�incarnation, de la substitution, de la
r�surrection, ou encore, bien s�r, de la cr�ation ex nihilo.
Si des conceptions h�t�rodoxes obtiennent droit de cit� dans notre Eglise �
g�n�rosit� chr�tienne que nous ne contesterons pas - on ne nous contestera pas
non plus le droit de d�fendre contre elles, par la plume, les enseignements
fondamentaux de l�Eglise chr�tienne. M�me s�ils sont d�sesp�r�ment orthodoxes.
Trois responsables de l�Eglise se sont esquiv�s avec un sympathique sourire
fraternel en nous disant chacun � tour de r�le : � Oh, vous savez, moi, je n�y
connais rien en th�ologie ! �
Mais le
probl�me de la th�ologie, � savoir la puret� du service � l�Eglise, c�est �
l�Eglise dans son ensemble qu�il est pos�. Dans l�Eglise, il n�y a pas, en
principe, de non-th�ologien. Le concept de � la�que � est � coup s�r l�un des
plus mauvais qu��voque la langue religieuse, un concept qui devrait tout
simplement �tre ray� du vocabulaire chr�tien. Disons donc que ceux qui ne
sont ni professeurs ni pasteurs [doivent veiller � ce] que la th�ologie de leurs
pasteurs et de leurs professeurs soit une bonne th�ologie.
BIBLIOGRAPHIE
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Ouvrage
collectif : Ce que croient les adventistes : 27 v�rit�s fondamentales,
trad. de l�am�ricain, Vie & Sant� 2001.
TABLE
Introduction
I. La cr�ation ex nihilo
II.
Le Big Bang : parall�le scientifique de la cr�ation ex nihilo ?
III.
La conception de la cr�ation dans la pens�e de Georges St�veny
IV. Critique ex�g�tique
V.
La participation de l�homme au divin : projet de th�se
VI. Georges St�veny et Alfred
Vaucher
VII. Risque de panth�isme ?
VIII. Le p�ch�
et la chute dans la pens�e de Georges St�veny
IX. Le croyant est-il
incarnation de Dieu ?
X. Un cuisant aveu en
guise de conclusion
POSTFACE
BIBLIOGRAPHIE

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G. St�veny, � J�sus le serviteur de l�Eternel �, in Portraits de
J�sus-Christ, texte de cinq conf�rences donn�es
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G. St�veny, Le myt�re de la croix, p.
48-49.
G. St�veny, � La fragilit� de Dieu �, p. 51.
G. St�veny, Le myst�re de la croix, p. 257.
G. St�veny, A la d�couverte du Christ, p. 362 � La citation que G.
St�veny a ench�ss�e dans son texte, pour
amplifier sa propre position, est de
Gustave Tophel, pi�tiste suisse
(1839�1917).
Karl Barth, R�v�lation Eglise Th�ologie, p. 54
� avec de mineures corrections de style et de
ponctuation.